Oublié ?


Bruno Bettelheim



Psychanalyste américain d'origine autrichienne, Bruno Bettelheim est né à Vienne en 1903. Interne en 1938 à Buchenwald, il fut libéré en 1939 et s'installa aux États-Unis, où il fonda en 1941 l'Ecole orthogénique de Chicago, à laquelle son nom demeure attaché. Son travail théorique y fut considérable et, pendant plus de trente ans, il chercha à découvrir une thérapie de l'autisme, cette psychose de l'enfance, l'une des plus réfractaires aux traitements psychiatriques traditionnels (chimiothérapie, ergothérapie, psychothérapie classique, notamment).

Homme d'une haute culture, Bettelheim, après avoir étudié l'histoire de l'art, dut sa formation tout autant à la lecture de Shakespeare, de Dante, auxquels il se réfère volontiers, qu'à l'enseignement de Freud, dont il suivit les cours à Vienne. II fut profondément marqué et déterminé dans ses recherches et dans sa démarche analytique par son incarcération dans les camps nazis, sur lesquels porte un témoignage saisissant The Informed Heart (1960, en français : Le coeur conscient, 1970). Cette expérience l'amena à comparer le comportement de ses codétenus à celui de certains enfants autistiques; en effet, retrait et automutilation caractérisent le syndrome d'abandon, spécifique de cette schizophrénie infantile. Dès lors, Bettelheim était en possession des éléments cliniques qui devaient le conduire à pénétrer l'hermétique comportement des enfants autistiques et mutiques.

Son hypothèse, fort simple, fut confirmée par les années de travail qu'il mena à Chicago avec une équipe de médecins, de psychanalystes, d'éducateurs spécialisés, et dont il retrace magistralement les principales étapes dans The Empty Fortress (1967, en français : La forteresse vide, 1969) : tout comme l'incarcération nazie avait modifié considérablement le comportement d'adultes normaux, il est possible de modifier et de restructurer le comportement des enfants autistiques en aménageant pour eux un lieu favorable à l'émergence et à la réactualisation des conflits anciens. C'est surtout sur les signes infra-verbaux de ces enfants, sur leurs gestes les plus imperceptibles que Bettelheim porta toute son attention. Selon lui, les enfants qui avaient choisi de se " retirer" du monde de la communication, à la suite de traumatismes complexes et fort anciens, devaient, avant tout, être réhabilités dans leur " droit à la folie" et donc préservés dans cette autonomie qui était leur unique modalité d'existence.

En refaisant avec eux ce parcours dans des réseaux de signes non articulés, Bettelheim parvint à les délivrer du monde archaïque au sein duquel ils étaient condamnés a demeurer. En 1972, Bettelheim quitta l'Ecole orthogénique de Chicago (dont il laissa la direction à ceux qu'il y avait formés) pour se consacrer à des travaux d'ordre strictement théorique. Ses autres œuvres importantes sont : L 'amour ne suffit pas (1950), Évadés de la vie (1955), Les blessures symboliques (1954).