Biographie et oeuvres de Michel-Ange
Aimé par Laurent le Magnifique et choisi par le pape Jules II, rival de Léonard De Vinci et adversaire jaloux de Raphael, contemporain, au cours d’une vie longue de 89 ans, des lustres de Florence à son apogée et des progrès de la Réforme protestante, déchiré par ses contradictions religieuses et tourmenté par son obsession de la mort, envié par les artistes de son temps et pourtant malheureux, solitaire, Michel-Ange est le témoin, devant les siècles à venir, de l’art du XVI ème siècle à son apogée.
La vie et l’œuvre d’un génie
Né en 1475 à Capresse, en Toscane, Michelangelo Buonarotti manifeste très tôt ses dons. Plus tard il dira en souriant qu’il les doit à sa nourrice, fille de « tailleurs d’images » (appellation désignant à l’époque gothique les sculpteurs). À 13 ans, il entre dans le milieu le plus ouvert aux artistes, la cour de Laurent de Médicis, dit le Magnifique.
Par goût personnel et par souci de faire de Florence la cité d’Italie la plus florissante sur le plan économique et artistique, le prince accueille écrivains, poètes, philosophes, artistes. Là, dans les jardins de San Marco, où se trouvent des statues antiques, le jeune homme apprend que la connaissance s’appuie aussi sur l’observation directe des œuvres. Traité par Laurent comme son fils adoptif, il enregistre pendant quatre ans des idées humanistes qui le guideront toujours. à l’âge de 28ans – sa réputation de sculpteur n’est plus à faire-, il réalise une statue monumentale (4,34m) de David : elle est installée en grande pompe place de la Seigneurie, en présence de la plupart des artistes célèbres du temps. C’est alors qu’il est confronté à Léonard de Vinci.
L’un et l’autre doivent orner d’une fresque le mur du palais de la Seigneurie. Léonard projette de peindre La Bataille d’Anghiari, et Michel-Ange La Bataille de Cascina. De ces décors, il ne reste que des dessins, mais ils montrent les tempéraments différents des artistes. Chez Léonard ; mes coups de crayon sont nombreux, toutes les formes fusionnent pour créer une masse en action. Chez Michel-Ange, les traits appuyés accentuent chaque volume gonflé par la force du mouvement.
Puis le pape Jules II entre dans la vie de l’artiste. Très ambitieux, ce pape désire faire de Rome la première ville d’Italie et la première puissance religieuse du monde. Les heurts avec Michel-Ange sont violents. Pourtant, Jules II l’entraine dans un labeur immense : décorer la chapelle Sixtine, au Vatican. Michel-Ange s’est décrit, souffrant durant 4 ans sur l’échafaudage : « J’ai attrapé un goitre, si bien que j’ai le ventre qui colle au menton. Je sens ma barbe qui part vers le ciel, ma nuque toucher mon dos, mon thorax comme une harpie. »
Mais, le jour de l’inauguration, en 1512, l’enthousiasme est général, et les envieux n’osent émettre la moindre critique devant cette fresque gigantesque. Après des troubles graves à Florence, Buonarotti accepte, par fidélité à ses premiers protecteurs, de construire à San Lorenzo de Florence une chapelle funéraire qui abrite les tombeaux des fameux Médicis, Julien et surtout Laurent le Magnifique.
De nouveau à Rome, où il se fixe, il déborde d’activité : Il sculpte (Moise pour le tombeau de Jules II) , il peint ( Le jugement dernier à la chapelle Sixtine) et il dirige le chantier de la basilique Saint-Pierre. Sa pensée, d’abord dominée par l’admiration pour les penseurs antiques, se réfugie alors de plus en plus dans la réflexion religieuse, mystique. Pourtant, l’une de ses souffrances, celle de s’attacher passionnément à de jeunes hommes, s’apaise. Auprès de Vittoria Colonna, femme tres cultivée (qui est d’ailleurs peut être représentée sous les traites de la vierge du Jugement), il trouve un réconfort affectueux.
Même après sa mort, en février 1564, à l’âge de 89 ans, son destin est hors du commun: un mois plus tard, son corps est enlevé par sa famille, qui le ramène à Florence dans l’église Santa Croce, où il avait souhaité reposer.
Michel-Ange, le sculpteur
Dès sa jeunesse, Michel-Ange choisit la sculpture, qu’il considère comme « le premier des arts ».
Il ne l’a pas étudiée avec un maitre ; c’est pourquoi il a très vite inventé sa propre technique et su conserver une grande liberté d’esprit, trouvant des solutions personnelles sans se laisser imposer la règle ou l’expérience des autres. Cette originalité transparaît dès ses premières œuvres, tel son David, où l’on trouve ce goût pour la figure individuelle qu’il conservera tout au long de sa vie.
Lorsque David concentre toutes ses forces pour vaincre, comme le dit la Bible, Goliath avec une fronde, il prend appui sur son côté droit, tandis que la jambe gauche amorce le mouvement. Ce déhanchement (appelé contrapposto) a, croit on, été inspiré au sculpteur par la forme du bloc déjà dégrossi, mais l’artiste en fait la clé de sa construction.
Le bras droit le long du corps semble au repos, mais le dessin des veines et les doigts repliés annoncent le geste à venir. Sa volonté se lit dans le regard un peu menaçant, fixé sur le but à atteindre. David est l’image de l’Homme de la Renaissance : un citoyen à la manière antique, capable de défendre la liberté de sa cité.
Quand il travaille un bloc de marbre, Michel-Ange se place face à lui pour voir son sujet en surgir ainsi qu’un bas-relief. Pour avoir les mains libres, il porte une sorte de turban en carton auquel il accroche une chandelle qui éclaire l’œuvre en cours.
Sa Pietà montre bien sa technique et son maniement. D’un bloc peu épais, il dégage les corps, en enlevant, couche par couche, le marbre avec le ciseau. Les petits trous de trépan délimitent les contours des bras et des jambes, les hachures de la gradine dentelée accrochent la lumière pour donner le modelé.
Le passage de la boucharde atténue certains accidents et donne un léger relief. La subtilité de l’aspect inachevé, le non finito, où la matière semble ne pas livrer tout entière l’image encore prisonnière, accentuant le mystère et l’intensité du mouvement, est visible dans les Esclaves ou dans la Pietà Rondanini.
Avec les mêmes instruments, il peut traduire des mouvements opposés, une gamme d’expressions différentes. Dans la chapelle Médicis de Florence, sur le tombeau de Laurent s’opposent le Crépuscule et l’Aurore. Sur celui de Julien, la Nuit est symbolisée par un homme dont la tête émerge à peine de la matière.
Les mouvements d’enroulement contrastent avec les attitudes d’étirement suggérant l’opposition entre vie terrestre et vie céleste.
Michel-Ange, le peintre

Le Jugement dernier, fresque biblique peinte
par Michel-Ange sur le mur de l'autel
de la chapelle Sixtine au Vatican
Audacieux, exigeant, accompagné seulement de quelques aides, Michel-Ange choisit d’emblée la technique la plus difficile à exécuter. C’est la fresque à l’italienne, le buon fresco. Sur un mur recouvert d’un enduit à la chaux, on reporte un dessin en piquant à l’aiguille les contours et en projetant à travers les trous de la poudre noire ou rouge. Puis la peinture recouvre la chaux humide et tout sèche en même temps. Le mur est divisé en « journées », c'est-à-dire en surfaces qui doivent être préparées et peintes le même jour. Ainsi, on sait qu’il fallait trois jours pour peindre une lunette. La restauration entreprise depuis quelques années, qui redonne aux couleurs toute leur intensité, confirme cette technique.
Le programme se déroule de l’entrée de la chapelle jusqu’à l’autel. Au début, les problèmes de la perspective sont mal dominés. Dans l’Ivresse de Noé et dans le Déluge, les personnages flottent et sont trop petits. Puis l’artiste s’enhardit. Préparant souvent le dessin directement au pinceau, il adapte ses coups de brosse aux effets qu’il cherche. Il modifie les proportions des personnages, qu’il grossit et voit « en raccourci ». Les touches se font larges et fluides comme dans la Création de l’Homme ou la Création des astres.
Les volumes sont indiqués par des hachures sombres qui contrastent avec des hachures claires. Comme plus tard Rubens et les impressionnistes, il a compris que les ombres ne sont pas noires mais colorées. À l’image du Dieu créateur, il organise son univers de figures et leur donne la fermeté de la pierre. La représentation de l’Homme le passionne parce qu’elle lui permet de traduire tous les états d’âme. Les Sibylles et le Prophète expriment l’attente.
Certains personnages sont stupéfaits, d’autres s’interrompent dans leur geste. Ézéchiel est fâché, Jérémie est triste, Jonas attend la résurrection. Chaque scène de la voûte doit pouvoir être regardée de divers points alors que Le jugement dernier (derrière l’autel) est une composition unique qui, dans un tourbillon de groupes emmêlés, se déploie sur le mur à partir du Dieu justicier.
Si ce dernier attire les élus avec son bras gauche, il condamne de son bras droit, levé (Michel-Ange disait lui-même qu’ «un grand péché mériterait un grand châtiment »), et l’appel désespéré des grappes humaines, qui évoquent tous les degrés de la souffrance, semble s’adresser directement au spectateur fasciné.
Dans cette fresque, comme dans celles de la chapelle Pauline, au Vatican, tout contribue à l’ensemble et à l’essentiel, reflétant ainsi la caractéristique du génie de Michel-Ange, à la fois tourmenté, solitaire et méditatif.
Michel Ange l'architecte
En architecture, Michel-Ange est à la recherche continuelle de solutions nouvelles. Il disait qu’il fallait pour être architecte, être « un bon maître en dessin d’anatomie », car un édifice est un organisme constitué de membres liés les uns aux autres.
à la chapelle des Médicis, à Florence, tout est calculé pour surprendre par le contraste. Les lignes verticales, sombres, semblent l’emporter pour mener le regard jusqu’à la coupe, mais leur élan est brisé par des bandeaux horizontaux très saillants. Les colonnes, au lieu de ressortir, sont encastrées. Le décor, chargé, oppose surfaces creuses et surfaces pleines, formes rondes et formes triangulaires. à Rome, architecte et urbaniste révolutionnaire à plus de soixante ans, il aménage la place du Capitole, où se trouve la statue équestre de l’empereur romain Marc Aurèle.
À partir d’un terrain informe, il dessine une place ovale, entourée de bâtiments disposés en trapèze dont il accentue l’effet géométrique par le dallage du sol. à Saint-Pierre, il sauve le grand chantier de la basilique dont personne ne vient à bout. Il conseille de revenir à un plan centré, ainsi appelé parce qu’il s’organise symétriquement autour d’un élément central, rond, carré, et que cet élément est surmonté par une coupole. Il prévoit celle-ci en forme d’œuf, comme étirée par des nervures et soutenue par des colonnes régulièrement disposées deux par deux (géminées) ; mais il n’en verra pas l’achèvement.
Œuvres et peintures
Fresques
La Bataille de Cascina (1504) (Palazzo Vecchio de Florence) (inachevée et perdue)
Le Martyre de saint Pierre (vers 1546-1550) (chapelle Paolina du Vatican)
La Conversion de saint Paul (1542-1550) (chapelle Paolina du Vatican)
Dans la chapelle Sixtine :
Toute la voûte (1508-1512), structurée autour de neuf histoires tirées de la Genèse.
Le panneau le plus célèbre est La Création d'Adam (quatrième de la série).
Le Jugement dernier (1536-1541)
Tableaux
Mise au tombeau (v. 1500-1501) (National Gallery, Londres) (œuvre inachevée)
La Sainte Famille à la tribune dite Tondo Doni (1504) (Galerie des Offices de Florence)
Sculptures
La Vierge à l'escalier (vers 1491) (Casa Buonarroti de Florence)
La Bataille des Centaures et des Lapithes (vers 1492) (Casa Buonarroti de Florence)
Crucifix du couvent Santo Spirito (1492) (Basilique Santo Spirito de Florence)
Bacchus (Museo Nazionale del Bargello de Florence) (1496-1497)
La Pietà (1499) (Basilique Saint-Pierre de Rome)
David (1501) (Galerie de l'Académie de Florence)
Quatre statues de saints pour l'autel Piccolomini du Duomo de Sienne (1501-1504)
Tondo Pitti (vers 1504-1505) (Bargello de Florence)
La Vierge de Bruges (1504) (église Notre-Dame de Bruges)
Tombeau de Jules II (réalisée en six périodes : 1505, 1513, 1516, 1525–1526, 1532 et 1542)
Moïse (vers 1513–1515) (Basilique Saint-Pierre-aux-Liens de Rome) - Moïse figure portant des cornes et cette représentation a fait débat sur une mauvaise interprétation des textes bibliques sur une aura ou des rayons2.
L'Esclave rebelle (1513–1516) (Musée du Louvre de Paris)
L'Esclave mourant (1513–1516) (Musée du Louvre de Paris)
Le Génie de la Victoire (vers 1532–1534) (Palazzo Vecchio de Florence)
Jeune Esclave, Esclave barbu, Esclave Atlas, Esclave s'éveillant, (1513;1519-1535) (Galerie de l'Académie de Florence)
Rachel (1545)
Leah (1545)
Tombeau de Laurent II de Médicis (1492-1519) (Chapelle Médicis de Florence)
Tombeau de Julien de Médicis (1478-1516) (Chapelle Médicis de Florence)
Le Garçon accroupi (v 1534) (Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg)
Tombeau de Paul III (Basilique Saint-Pierre de Rome)
Buste de Brutus (1539-1540) (Bargello de Florence)
La Pietà aux quatre figures (1550) (Musée dell'Opera del Duomo de Florence)
Saint-Bruno
Esthétique de l'inachevé :
Tondo Taddei (vers 1505-1507) (Royal Academy de Londres)
La Pietà Rondanini commencée en 1552 (Castello Sforzesco de Milan)
Quatre Esclaves, (Atlas, s'éveillant, barbu, jeune) émergeant chacun de leur bloc de marbre en statues inachevées, à la Galerie de l'Académie de Florence.
La Pietà de Palestrina (1553-1555) (Galerie de l'Académie de Florence) à Palestrina jusqu'en 1940.




