Île de Bréhat
Du haut des falaises de l'Arcouest, à 6 km au nord de Paimpol, l'île de Bréhat se découvre dans toute sa splendeur. A peine 3 km la séparent du rivage breton. Environnée d'une poussière d'îlots chaotiques émergeant d'une eau bleu-vert de carte postale, "l'île aux fleurs" dresse sa couronne de pins sur des rochers d'un rose orangé peuplés de solides maisons de granit.
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Coup d'œil
Port-Clos : port principal de l'île
Il ne faut pas plus de dix minutes en vedette pour accoster à Port-Clos, abri naturel devenu le port principal de l'île. Seul moyen de locomotion - Bréhat est interdit aux voitures -, des tracteurs attendent sur le quai pour transporter bagages et marchandises. Le bruit de leur moteur ne fait écho qu'au klaxon des nombreuses bicyclettes qui arpentent les multiples chemins de l'île.
Bréhat sud et Bréhat nord
Petite - à peine 3,5 km de long pour 1,5 km dans la partie la plus large -, Bréhat est en fait constituée de deux îles reliées entre elles par un pont étroit où deux tracteurs ne peuvent se croiser. Son originalité tient surtout dans ses contrastes : Bréhat sud "la mondaine" n'est que douceur. Ses nombreuses maisons se dressent au milieu de pelouses impeccablement soignées où les fleurs abondent. Les senteurs de mimosas et d'eucalyptus, de laurier et de lavande rappellent le Midi. Au printemps, les camélias colorent les jardins de blanc ou de rouge. Partout règnent les géraniums, les rosiers et les hortensias. L'on peut parfois avoir la surprise de découvrir des fleurs exotiques rapportées d'outre-mer par des marins bréhatins : agapanthes d'Afrique, balisiers des Indes ou agaves d'Amérique. Sans oublier palmiers et figuiers qui semblent venir tout droit de Grasse.
Passé le pont, Bréhat nord "la sauvage" offre des images plus rudes. Battue par des vents souvent violents, elle est moins peuplée. Ajoncs à l'odeur de miel, genêts et bruyères arborescentes couvrent la lande qui s'achève au pied de rochers aux formes tourmentées où viennent se fracasser les vagues.
Bréhat : une réserve magnifique
Des fleurs typiques du littoral breton à de multiples variétés d'espèces méditerranéennes, la flore de Bréhat, unique par sa profusion, réserve bien des surprises aux amoureux de la nature. Une centaine d'espèces d'oiseaux gazouillent au cœur de la végétation : rouges-gorges, pinsons et chardonnerets se mêlent aux corneilles, aux merles et aux geais pour égayer les jardins. Sur les falaises du nord, mouettes, goélands et cormorans se font admirer par les bateaux qui font le tour de l'île. Bréhat fait également le bonheur des amateurs de coquillages et de crustacés. A marée basse, la végétation marine (algues, fucus, goémon) cache des crabes, des poissons de roche et des coquillages savoureux. Seule hauteur de l'île (à 33 m!), la "montagne" (comme l'appellent les Bréhatins) de la chapelle Saint-Michel domine un relief doucement vallonné qui rend les promenades à vélo très agréables. La proximité du Gulf Stream assure à ce territoire lilliputien une température équilibrée.
Histoire de Bréhat
Les vestiges d'un oratoire
La découverte de quelques ruines gallo-romaines dans la petite île de Lavrec, à l'est de Bréhat, prouve que l'archipel était déjà habité avant l'ère chrétienne. Au Vème siècle, saint Budoc, chassé de Grande-Bretagne, évangélise Bréhat, qui se couvre de sanctuaires pendant les siècles qui suivent. On peut encore voir sur l'île Maudez, aujourd'hui privée, les vestiges d'un oratoire. La petite histoire raconte qu'au Vème siècle cette île était infestée de serpents. Les prières du moine Maudez, rival de Budoc, les chassèrent : c'est en souvenir de ce miracle que l'oratoire fut construit et que l'île prit alors le nom du moine.
Une vocation maritime
Les invasions normandes des IXème et Xème siècles, puis un terrible raz de marée au XIème siècle ravagèrent l'archipel. Il fallut attendre le XIVème siècle pour que Bréhat puisse asseoir véritablement sa vocation maritime. Un château fort est alors construit sur la côte est, par les comtes de Penthièvre (il sera détruit sur ordre d'Henri IV). Devenu enjeu stratégique et de nombreuses fois pillée, Bréhat est envahie à deux reprises par les Anglais (XVème-XVIème siècle) et une fois par les Espagnols. C'est également l'époque des grandes découvertes. L'île est une pépinière de pêcheurs et de marins hardis. Ces derniers sont célèbres pour leur courage. Dès le XVIème siècle, ils s'aventurent jusqu'en Hollande et à Terre-Neuve. La tradition assure que certains auraient rencontré Christophe Colomb avant son départ... Les corsaires de Bréhat, Fleury, Corouges et Brugeon sont tout aussi légendaires : l'île étant un mouillage idéal entre Brest et Granville, bon nombre d'entre eux y installèrent leur famille.
Un enjeu : la récolte du goémon
Malgré des pêches fructueuses, le règne de Louis XV entraîne le déclin de Bréhat. Les hommes valides sont alors enrôlés de force dans la marine. L'île se vide peu à peu et la terre est abandonnée. Il faudra l'intelligence d'un Bréhatin, l'amiral Cornic, pour que, sous Louis XVI, une véritable révolution économique voit le jour. L'amiral obtient du roi la permission pour chaque îlien de récolter le goémon. Les terres peuvent ainsi être fertilisées et les récoltes devenir abondantes. Plus tard, la Révolution fait apparaître de nouvelles techniques comme la pêche aux casiers. Enfin, les dernières années du XIXème siècle voient la création d'une fabrique d'iode. Ce sont les tout débuts de l'âge d'or de Bréhat.
L'arrivée des touristes
Dès 1900, des touristes débarquent sur l'île, séduits par la beauté des paysages et la lumière. Peu à peu, les maisons se peuplent d'artistes : Joseph Conrad, Ernest Renan, Edmond de Goncourt, Anatole France et bien d'autres arpentent ses chemins sinueux. Des peintres immortalisent sur leurs toiles le flamboiement rouge des rochers au coucher du soleil et les ciels lumineux. Foujita et Matisse ont laissé ainsi de superbes tableaux de Bréhat. Mais le rayonnement artistique et intellectuel de l'île, qui va durer jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, ne freine pas l'exode rural. Aujourd'hui, l'agriculture et la pêche ne constituent plus qu'une infime partie de l'activité bréhatine, et "l'île aux fleurs" ne doit son animation qu'au tourisme de passage ou aux nombreux résidents secondaires, séduits par le calme et la beauté d'une île à la nature merveilleusement préservée.
Les algues, hier et aujourd'hui
De tout temps, les algues furent ramassées par les agriculteurs-pêcheurs des bords de mer. Séchées puis mélangées au fourrage, elles étaient appréciées des animaux domestiques : vaches, moutons et chevaux. Jusque dans les années 60, les goémoniers, comme on les appelait, cueillaient les goémons, les séchaient, les stockaient, puis les brûlaient dans un four creusé à même le sol. Ces goémoniers produisaient ainsi des pains de soude qui, vendus aux usines, étaient transformés en iode, en soude et en potasse.
Aujourd'hui, l'agriculture industrielle utilise toujours les algues séchées ou en extraits liquides pour confectionner des engrais. Les algues arrachées de la mer par les scoubidous des bateaux de goémoniers (on en voit au large de Molène), ces sortes de longues pinces qui s'enfoncent dans la mer et remontent en tournoyant, sont également destinées aux usines de Lannilis et de Landerneau. Ces dernières en retirent des substances nécessaires à la confection des textiles, du papier ou de la peinture, et de produits pharmaceutiques ou cosmétiques (shampooing, sels pour le bain, pâte dentifrice...). L'utilisation thérapeutique des algues est également reconnue. L'industrie alimentaire n'est pas en reste. Quotidienne en Extrême-Orient, et surtout au Japon où l'algue est symbole de bonheur et de fécondité, leur utilisation dans les plats cuisinés commence à se développer en France. Toute une gamme de produits à base d'algues, commercialisée par l'IFREMER, est en vente à Ouessant.
L'île aujourd'hui
Bréhat se dépeuple
Bréhat compte à l'heure actuelle deux fois plus de résidences secondaires que d'habitations principales. En 1982, 500 habitants y vivaient en permanence; en 1992, il n'en reste que 250, dont une centaine de personnes âgées. L'été, en revanche, l'île accueille jusqu'à 6000 personnes par jour (3000 résidents estivaux environ, et 3000 touristes venus pour la journée). Ce dépeuplement peut se comprendre. Malgré sa proximité avec le continent, il n'est pas facile de vivre à Bréhat l'hiver, en raison des tempêtes et des vents violents. Les horaires des vedettes exigent une organisation rigoureuse pour les familles qui envoient leurs enfants au collège à Paimpol.
De plus, l'engouement des vacanciers pour Bréhat a fait augmenter le niveau de vie. Les jeunes ménages ne peuvent acheter une maison sur l'île : le prix du mètre carré est le même que dans le XVIème arrondissement de Paris... Deux ou trois agriculteurs, un maraîcher et trois ou quatre pêcheurs monopolisent aujourd'hui l'agriculture et la pêche. L'entretien des jardins occupe un plus grand nombre de jardiniers. Et si vacanciers et Bréhatins ont des vies parfois parallèles, tous n'ont qu'un credo pour leur île : le respect de l'environnement et du calme.
Visite de l'île
Bréhat est environnée d'un chapelet d'îles dont certaines sont privées. A l'ouest, l'île privée de Béniguet, aux jardins impeccablement tenus, fut un temps habitée par l'écrivain Colette. A l'est, l'île Lavrec et l'île Logodec réputée pour ses fleurs sauvages, sont également privées. En revanche, l'île Ar-Morbic est accessible en voilier ou en bateau à moteur, tout comme l'île Raguenès (à l'ouest). Toutefois, la navigation étant très délicate entre les rochers, les plaisanciers préfèrent en général mouiller à la Chambre, à la Corderie ou à Port-Clos, les trois principaux mouillages de l'île de Bréhat. La meilleure façon de découvrir Bréhat est de s'égarer au gré de sa fantaisie sur ses multiples chemins. S'égarer est un bien grand mot : tous les itinéraires menant aux sites à visiter sont fléchés à la peinture blanche à même le sol!
Ce petit paradis pour les amateurs de vélo et de marche à pied s'aborde par le sud. Avec son port resserré au fond d'une crique, son bourg vieillot planté de solides maisons de granit rose ou gris, ses jardins secrets aux mille couleurs, l'île sud est un délicieux havre de paix. Après avoir débarqué de la vedette (La Bréhatine, L'Algue, Kéhops...) et passé les hôtels de Port-Clos aux terrasses attirantes, le chemin grimpe vers l'unique bourg de l'île. Avant de s'engager vers le village, il ne faut pas omettre de faire un détour vers l'extrême pointe sud-est. Bordé de vieux murs couverts de feuillages et de fleurs qui cachent de vastes jardins, le chemin longe quelques grandes maisons qui devaient appartenir autrefois à des familles de corsaires. Tourelles et canons pointés vers le large conservent tout leur mystère. De la pointe qui domine la plage de Guerzido (c'est la seule plage de l'île), la vue est splendide sur la côte découpée du Goëlo. Un chemin descend vers la plage qui s'ouvre entre deux avancées rocheuses. Le mouillage de la Chambre se trouve alors sur la gauche.
Le chemin de retour vers le bourg, nommé "circuit de la plage", traverse des champs en friche plantés de pins qui cachent parfois de vastes maisons. L'arrivée au village par ce chemin est un véritable enchantement. Le vieux cimetière que surplombe l'église est plein de charme avec ses tombes de marins et de corsaires, évocatrices du passé de Bréhat. Coiffée d'un amusant clocher-mur, l'église, du XVIIème siècle (mais de nombreuses fois remaniée), possède un intérieur très gai. Ses autels dorés, ses vitraux et son plafond de bois blanc servent d'écrin à une magnifique maquette de la dernière frégate bréhatine, commandée par l'amiral Cornic en 1836. En longeant le presbytère, on débouche sur la place du Bourg, ombragée de platanes. Cafés, restaurants et commerces encerclent cette vaste esplanade au charme méditerranéen, qui s'anime chaque matin d'été, au moment du marché. C'est là que se déroulent les deux kermesses de l'année (15 juillet et 15 août). De la place part un autre chemin, en direction de la chapelle Saint-Michel. Comme dans toute cette partie sud, l'air embaume de senteurs multiples et il est difficile de ne pas admirer fleurs et arbres fruitiers. La chapelle Saint-Michel surplombe l'île à 33 m de hauteur. Construite en 1852, elle sert d'amer à la navigation, et n'est guère ouverte que le 29 septembre, pour une messe dédiée à saint Michel. Le panorama à partir de cette butte vaut le détour : il est grandiose. En face, l'île de Béniguet, la plus grande de l'archipel après Bréhat, est un ancien repère de corsaires. Entre cette île et Bréhat, la passe étroite du Kerpont est un haut lieu de la navigation bréhatine. L'endroit est très dangereux.
Au pied de la chapelle, le moulin à marée du Birlo, en ruine, fut bâti au XVIème siècle par les moines de l'Ile-Verte toute proche. Les pieds dans l'eau, il fonctionna jusqu'en 1920 ; les petits bateaux à moteur de Paimpol remontaient le Kerpont pour aller y chercher la farine.
Bien loin de la sérénité de l'île sud, l'île nord, aux horizons tourmentés, offre des paysages incroyablement différents. C'est le soir qu'il faut la découvrir, à l'heure du coucher de soleil, quand les phares s'allument au loin et que les rochers deviennent poussière d'or sur la mer. L'île nord commence au passage étroit du pont Vauban. Plutôt qu'un pont, c'est surtout une chaussée (car l'eau ne circule pas sous la route) qui fut construite par Vauban pour faciliter le passage entre les deux "îles". Après avoir dépassé la chapelle de Keranroux, l'on arrive sur la grève de la Corderie. Du XVIème au XIXème siècle, la Corderie était le port principal de Bréhat. Des générations de marins y réparèrent leur bateau avant les grands départs. Blotti entre la croix de Maudez (à gauche) et le sémaphore, il accueille l'été une multitude de voiliers. Etabli sur un terrain militaire, le sémaphore abrite en permanence des hommes de la Marine nationale qui transmettent des informations météo. Non loin du sémaphore, le phare du Rosédo fut reconstruit après la Seconde Guerre mondiale. L'histoire raconte qu'autrefois, à cet endroit, des feux étaient allumés pour attirer vers la côte les bateaux qui passaient au large...
En poursuivant le chemin, appelé "circuit du Rosédo", l'on arrive à la "chaise" d'Ernest Renan. Le célèbre écrivain venait en effet s'asseoir sur ce gros rocher pour méditer "face au grand large". Le lieu prit son nom. Renan avait bon goût : le spectacle des rochers roses plongeant dans la mer et surtout l'étonnante solitude de ce bout de l'île à l'allure irlandaise sont toujours aussi impressionnants, particulièrement au printemps quand la lande environnante se couvre de fleurs jaune et bleu.
La route vers le phare du Paon est tout aussi sauvage. Elle longe l'étang salé, le Lenn, puis les vestiges d'une petite chapelle dédiée à saint Rion. Dans un champ voisin, les vestiges du "cimetière des lépreux" rappellent que la lèpre fit son apparition en Bretagne vers la fin du XIIème siècle. Reconstruit, comme le Rosédo, à la fin de la dernière guerre, le phare du Paon est un lieu idéal pour admirer les couchers de soleil. Il domine une profonde faille entre d'énormes rochers où la mer s'engouffre en mugissant. Une légende assure qu'autrefois les jeunes filles de Bréhat qui voulaient se marier jetaient un galet au fond du gouffre. Si la pierre atteignait directement le fond, elles trouveraient un promis avant la fin de l'année. Si la pierre ricochait, le mariage serait reporté d'autant d'années que de ricochets...
Sur la route de retour vers le bourg, il ne faut pas hésiter à emprunter des chemins inconnus ; vous aurez peut-être la surprise de découvrir une ferme avec quelques vaches (elles sont si rares...), une maison coiffée d'ardoises entre deux solides cheminées de granit, ou une serre de maraîcher.
Bibliographie
Pour préparer vos vacances dans les îles qui font la beauté de notre pays, n'hésitez pas à consulter :
- Iles des rivages de France par Géo / Eve Sivadjian. - Solar, 2005
- Iles en France . - Nouveaux loisirs, 1997
